Littérature

Qui es-tu Alaska ? ou quand les ados recherchent un sens à leur vie

Qui es-tu Alaska ?

Un livre de John Green
Édition : Gallimard Jeunesse
ISBN : 978-2070695799
Note personnelle : 16,5 / 20

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Synopsis :

Miles Halter a seize ans mais n’a pas l’impression d’avoir vécu. Assoiffé d’expériences, il quitte le cocon familial pour le campus universitaire : ce sera le lieu de tous les possibles, de toutes les premières fois. Et de sa rencontre avec Alaska. La troublante, l’insaisissable Alaska Young, insoumise et fascinante.
Amitiés fortes, amour, transgression, quête de sens : un roman qui fait rire, et fondre en larmes l’instant d’après…

Notre avis sur le roman :

 » Elle a posé son livre et elle est sortie de son lit, enroulée dans son drap. Je lui ai trouvé l’air concerné. L’air de la fille que j’avais rencontré la veille, Celle qui avait déclaré que j’étais mignon et qui bouillonnait d’énergie, d’absurdité et d’intelligence. Et puis elle a éclaté de rire. »
Le livre commence comme un compte à rebours jusqu’à une certaine soirée qui marquera le début d’autre chose, d’une nouvelle existence entre souvenirs et regrets, entre nouvelles envies et regain d’espoir. Miles Halter, qui a pour passion de retenir les dernières paroles des gens célèbres, arrive sur le campus universitaire pour faire éclater sa soif d’aventures, son appétit de la vie. Il va y rencontrer Alaska, une jeune fille troublante qui le guidera sur ce chemin. John Green parvient à mêler les sentiments, à exacerber les personnalités pour en faire rien moins que des ados ordinaires avec leurs joies, leurs peurs, leurs envies et leurs erreurs. On immerge dans la vie du campus entre bêtises et bravade, défi des interdits et apprentissage de la vie, au gré des saisons de l’Alabama. John Green parvient à faire surgir les bonnes questions au bon moment : quel rôle jouons-nous sur Terre ? une seule vie peut-elle avoir un impact ? quel est la meilleure façon de mourir ? Des questions sombres qu’on a pu tous se poser un jour ou l’autre, dans notre quête de sens de la vie. On comprend assez vite le nœud de l’intrigue et c’est tant mieux car cela nous laisse tout loisir pour admirer l’évolution des relations et l’émergence d’une sensibilité à fleur de peau qui fait faire/dire les choses qu’on regrette. Bref, l’auteur arrive à poser des mots simples sur des sentiments et des relations compliqués, pour éclairer une période de notre vie dont on reste parfois nostalgique, mais dont on sait qu’elle n’a pas été la plus facile. La construction de l’être est à ce prix, ne fût-ce que pour devenir des adultes responsables et sages. Et aussi, peut-être, pour découvrir comment sortir de ce labyrinthe de souffrance.

Lucy in the sky, la difficile transition de l’adolescence à l’âge adulte

Lucy in the sky

Un livre de Pete Fromm
Édition : GALLMEISTER
ISBN : 9782351780886
Note personnelle : 16 / 20

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Synopsis :

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.
Dans un Montana balayé par les vents, c’est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à corps perdu dans des aventures inoubliables.

Notre avis sur le roman :

 » A présent, c’était l’été, l’air était lourd et sentait la verdure, le soleil était presque à la verticale des Highwoods, le ciel en était tout blanchi, mais Papa n’était toujours pas parti.
Quand ils se faufilèrent enfin hors de la maison, j’étais encore suspendue à sa portière comme un genre de décoration. Même si Maman riait, appuyée à lui, ses jambes comme des éclairs meurtriers à travers la fente de sa jupe courte, Papa me regardait, son habituel sourire signifiant « Qu’est-ce qui va bien pouvoir nous tomber dessus après ça ? » disparu. Il souriait à peine, l’air presque triste, et je sus que Maman avait cafté. »

Le temps des grands changements, des découvertes, des premières fois, des premières expériences. Lucy, ballottée entre un père continuellement absent et une mère avec des désirs d’ailleurs, prend la vie comme elle vient dans sa petite ville natale d’Alabama. L’écriture de Pete Fromm est mordante, parfois drôle, souvent teintée d’un doux mélange de mélancolie et d’espoir. Il retrace avec justesse la rupture des derniers liens qui attachent encore Lucy à l’enfance, par la découverte de l’amour, de la liberté mais aussi des responsabilités et des soucis quotidiens. L’amour tient le rôle principal de ce roman, que ce soit avec Kenny, son ami d’enfance, avec son père, à qui elle pardonne de moins en moins ses absences ou sa mère, à qui elle reproche sa trop grande ambition de changement. Mais elle apprendra que c’est aussi ça grandir, ne pas s’attacher à une situation mais en tirer partie pour un avenir meilleur. Peu sûre des sentiments des autres mais surtout des siens, elle en fait voir de toutes les couleurs à son entourage. Une balade poétique dans la vie de cette jeune fille qui devient femme, qui hésite, regrette parfois, sans jamais se départir de sa formidable envie d’aller de l’avant. Touchant !

Schroder, de Amity Gaige, un père entre amour et mensonges

Schroder, Amity Gaige

Un livre de Amity Gaige
Édition : 10×18
ISBN : 9782264064899
Note personnelle : 13 / 20

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Synopsis :

Son procès approche, il écrit à son ex-femme pour expliquer ses actes. Lui dire qu’il est un bon père, qu’il n’a jamais voulu enlever leur fille, Meadow. Que leur road-trip n’avait qu’un but : voler quelques heures de bonheur. Avant de déraper… forçant cet homme acculé à révéler ce qu’il avait tu pendant trente ans. Quels secrets cache son passé ? Qui est vraiment Erik Schroder ? Troublant, haletant, bouleversant. Avec une rare délicatesse, Amity Gaige offre une brillante méditation sur l’amour et la paternité, les lois du mensonge, et l’invention de soi.

Notre avis sur le roman :

« Je m’étais habitué au silence entre nous, Laura. Je savais qu’il était cruel de ne pas te téléphoner, de ne pas te dire que Meadow allait bien, que les choses n’allaient pas aussi mal que tu le pensais. Mais j’étais habitué à ton absence, et nous étions déjà tous les deux habitués à la cruauté. Je parle de la cruauté désinvolte des gens qui démantèlent leur vie commune ». Une véritable confession que le récit de ce père qui a fait de mauvais choix, à différents moments de sa vie par soif de liberté, de changement ou par un besoin désespéré d’être avec sa fille Meadow qu’il aime plus que tout. Il va révéler tous les secrets enfouis qui entourent sa vie et qui aujourd’hui remontent à la surface malgré lui. Le thème du divorce et du droit de garde est ici traité d’une manière originale, à travers la vision du père qui comprend – un peu – pourquoi sa relation avec son ex-femme a capoté, mais qui ne supporte pas l’idée de ne plus voir sa fille quand il le souhaite. Lorsqu’il part avec elle, il sait malgré lui que les conséquences seront tragiques mais que, même s’il est son père, même s’il l’aime plus que tout, même s’il n’a jamais voulu que son bien, capter ses quelques instants de bonheur avec Meadow, juste tous les deux, était plus fort que lui. Une jolie réflexion que ce livre, parfois philosophique, sur le sens de la vie lorsqu’elle prend une tournure que vous ne souhaitez pas.

Rémission de Robin Cook, entre science, mafia et multinationales

Rémission Robin Cook

Un livre de Robin Cook
Édition : Le Livre de Poche
ISBN : 9782253175766
Note personnelle : 16 / 20

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Synopsis :

Pourquoi un chercheur japonais, spécialiste en médecine régénérative, se retrouve-t-il sur la table d’une morgue de New York ? Qui l’a entraîné aux États-Unis ? Les enjeux de sa découverte se chiffrent en milliards de dollars. De quoi susciter bien des jalousies… Robin Cook, le maître du thriller médical, entraîne les médecins légistes Laurie Montgomery et Jack Stapleton dans une nouvelle enquête où mafias japonaise et américaine et multinationales sans scrupules rivalisent de noirceur.

Notre avis sur le roman :

« Laurie raccrocha et laissa son regard glisser sur la table, remarquant à nouveau qu’il ne s’y trouvait aucun post-it pour lui rappeler toutes les choses qu’elle avait à faire d’habitude. » On retrouve avec le plus grand plaisir le duo de choc Laurie Montgomery et Jack Stapleton, maintenant parents d’un petit garçon, dans cette énigme à laquelle Laurie va s’accrocher : un homme, sans papier, apparemment décédé de mort naturelle, se trouve être le premier cas auquel est confronté Laurie lors de son retour de congé maternité. Moins orienté médecine que la plupart de ses précédents thrillers, ce Robin Cook est malgré tout très prenant. De nombreux personnages interviennent, toujours habilement amenés et décrits avec juste ce qu’il faut de détails. Les différentes scènes de l’intrigue se comprennent aisément et s’entrecroisent jusqu’au dénouement final. Une construction assez classique mais on ne voit pas passer les 600 pages. Pour les fans de Robin Cook et pour tous ceux que le mélange entre médecine et gros sous passionnent !

Puzzle, de Franck Thilliez, jusqu’où irez-vous pour gagner ?

Franck Thilliez, puzzle

Un livre de Franck Thilliez
Édition : Pocket
ISBN : 9782266246446
Note personnelle : 17 / 20

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Synopsis :

Ilan et Chloé sont spécialistes des chasses au trésor. Longtemps, ils ont rêvé de participer au jeu ultime, celui dont on ne connaît que le nom : Paranoïa. Le jour venu, ils reçoivent la règle numéro 1 : Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. Suivie, un peu plus tard, de la règle numéro 2 : L’un d’entre vous va mourir. Et quand les joueurs trouvent un premier cadavre, jeu et réalité commencent à se confondre. Paranoïa peut alors réellement commencer…

Notre avis sur le roman :

 » Ici-bas c’est le Chaos mais au sommet tu trouveras l’équilibre. Là sont toutes les réponses. «  Frank Thilliez propose aux lecteurs de ce roman un jeu un peu particulier : tous les aficionados du jeu en parlent, personne ne révèle quoi que ce soit sur sa propre quête, ni comment on joue, ni même comment on peut être sélectionné. Seuls deux éléments sont connus de tous : le nom du jeu, Paranoïa, et la grosse somme d’argent promise au vainqueur. En tant que lecteur, on s’identifie très vite à Ilan, et on essaye avec lui d’y voir plus clair dans les indices glanés ici et là. On s’interroge sur les véritables motivations des autres joueurs mais également de Hadès, le soi-disant organisateur. Thilliez arrive à créer un huis-clos infernal où chaque heure semble durer des jours tant les événements dramatiques se succèdent. Ilan parviendra-t-il à résoudre l’intrigue et, dans le même temps, à remettre en ordre les pièces du puzzle de sa mémoire dont une partie semble avoir été effacée ?
Le style de Thilliez est sans fioritures, très souvent dans l’action. Les descriptions ne sont là que pour poser le cadre. On regrette parfois un manque d’analyse psychologique des personnages : on est dans leur comportement immédiat, et l’auteur analyse peu les psychismes de ses personnages pourtant si intéressants. Peut-être est-ce pour donner un certain rythme à son récit, et si c’est le cas, c’est très réussi car on ne s’ennuie pas une seconde. A lire certaines critiques, le dénouement paraissait évident : il n’en était rien pour moi et je l’ai trouvé assez inattendu. Cette première lecture de Thilliez est donc très positive et m’encourage à inscrire dans ma PAL des thrillers de cet auteur français que je serais désormais bien triste de ne pas connaître.

La Petite Princesse Sara, un classique de notre enfance revisité

La petite princesse Sara

Un livre de Frances Hodgson Burnett
Dessins : Azuki Nunobukuro
Édition : nobi nobi!
ISBN : 9782918857600
Note personnelle : 18 / 20

Synopsis :

Sara Crewe est une enfant de sept ans placée dans un pensionnat à Londres par son père, riche homme d’affaires aux Indes. Passionnée de contes et légendes, Sara saura se faire aimer par ses talents de conteuse. Son monde bascule à la mort de son père après sa faillite. L’horrible directrice, Miss Minchin fera alors d’elle une domestique et n’aura de cesse de la tourmenter et de l’exploiter… Sara réussira-t-elle à tenir la promesse faite à son père de devenir une princesse malgré toutes les épreuves qu’elle devra endurer ?

Notre avis sur le roman :

Qui ne se souvient de l’histoire si triste de Sara Crewe, petite fille devenue orpheline et pauvre à la suite d’un coup du destin ? Elle aurait pu être secourue, assistée, mais elle s’est retrouvée entre les griffes de l’ignoble Miss Minchin. Celle-ci lui voue d’un côté une haine féroce et, de l’autre, ne peut se résoudre à l’abandonner de peur de ternir la réputation de son école de jeunes filles si cela venait à se savoir. A la mort de son père, Sara va donc être non seulement obligée de travailler, mais également de subir les brimades et les mauvais traitements de la directrice. Pourtant, ce qui conquiert immédiatement le lecteur, c’est la force et la grandeur d’âme de la fillette : elle a promis à son père de tout faire pour devenir une princesse et, malgré les mauvaises surprises que la vie lui a réservée, elle compte bien y parvenir, entourée de ses amies et de son inséparable poupée, Émilie. Les dessins d’Azuki Nunobukuro sont typés shojô et rappellent très vite le dessin animé de notre enfance. J’avais très peur que l’histoire soit simplifiée à l’extrême et ne perde son intensité dramatique ou les valeurs que le roman de Burnett promeut. Mais il n’en est rien : cet ouvrage est un résumé parfait où chaque détail est synthétisé et rendu avec force, et où le dessin exacerbe l’intensité des émotions des personnages. On replonge avec un plaisir non dissimulé dans cette histoire intemporelle où Sara, par sa culture, sa beauté et sa maturité étonnante pour son âge, vient encore émouvoir l’enfant qui sommeille en nous. Fabuleux !

Delirium livre 2, de Lauren Oliver, « Dans ce monde, la survie a un prix »

Delirium, tome 2

Un livre de Lauren Oliver
Édition : Le Livre de Poche Jeunesse
ISBN : 9782013239769
Note personnelle : 16 / 20

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Synopsis :

Lena a découvert avec Alex ce sentiment interdit qu’est l’amour. Ensemble ils se sont enfuis, déterminés à gagner la Nature pour vivre leur passion. Mais seule Lena est parvenue à franchir la frontière. Sans savoir si Alex est encore vivant. Aujourd’hui Lena a rejoint la résistance. Elle se voit confier une mission qui pourrait bien lui coûter la vie. Mais une nouvelle rencontre vient remettre en question tous ses principes. Se battre pour avoir le droit d’aimer : cela a-t-il vraiment un sens ?

Notre avis sur le roman :

Quel plaisir de retrouver Lena dans ce deuxième volume ! Cette fois, le roman alterne la vie Maintenant et la vie Avant, c’est-à-dire juste après l’arrivée de Lena dans la Nature. Finalement, les deux histoires vont se rejoindre pour arriver à la révélation finale. Le récit est encore plus prenant que dans le premier opus et cette alternance lui donne vraiment du rythme. On sent que Lena grandit, mûrit même, et devient quelqu’un de responsable, délaissant toutes les idées inculquées par le célèbre Livre des 3 S et se battant sans faillir pour sa survie. Les scènes d’actions sont nombreuses, violentes, sans répit pour les personnages quels qu’ils soient. D’ailleurs, de nouveaux personnages à la psychologie très intéressante rejoignent l’intrigue. On pourrait presque regretter que les histoires de certains ne soient pas plus approfondies mais peut-être Lauren Oliver nous laisse-t-elle des surprises pour le dernier volume ?
« Nous nous dispersons comme des animaux traqués, aveuglés par la panique. Nous n’avons pas eu le temps de charger nos armes, et nous n’avons pas la force de nous battre. Mon couteau, rangé dans mon sac, ne me sert à rien. Je n’ai pas le temps de m’arrêter pour le sortir. » Beaucoup d’action donc, mais également une véritable évolution dans l’histoire, où le monde façonné sans amour que l’on promeut comme la solution solution pour éviter de réitérer les erreurs du passé, semble se disloquer sans que les dirigeants prennent garde à en masquer les failles. On sent que l’on approche de la chute et pourtant, la toute fin de ce deuxième volume pourrait remettre beaucoup de choses en question. A suivre donc…

Relire la critique de Delirium, tome 1, « Dans ce monde l’amour est interdit »

SOS Météo, les aventures de Philip et Francis

SOS MétéoUne bande-dessinée de Pierre Veys et Nicolas Barral
Date de publication : 11 septembre 2014
Nombre de pages : 64
ISBN : 978-2205070224

Synopsis :

S.O.S. Météo, 3e tome des aventures de Philip et Francis, signe le grand retour de ces héros à l’humour « so british » après trois ans d’absence ! Dans ce 3e tome plein d’humour, Francis débarque chez Philip après s’être houspillé avec sa maman. Une petite contrariété temporaire, mais Francis prend ses aises, envahit l’appartement et pousse à bout Philip. Ce dernier avale un breuvage censé le rendre autoritaire, mais aux effets secondaires incontrôlables ! Pendant ce temps, Olrik a récupéré la machine capable de dérégler la météo, créée par le professeur Miloch. Seul problème : les pluies qui s’abattent sur Londres ne dérangent en rien les sujets de la perfide Albion.

Notre avis sur la BD :

Troisième tome des aventures de Philip et Francis, la parodie « officielle » de Blake et Mortimer, SOS Météo met en scène le ras-le-bol de Philip d’être toujours considéré comme un gentil. Il n’ose pas rabrouer son meilleur ami qui en profite pour s’installer comme chez lui, il subit les méchantes taquineries des terreurs du quartier, il ne répond rien aux commerçants du quartier qui le houspillent sans vergogne. L’idée lui vint alors de prendre une potion censée modifier légèrement son comportement et ainsi lui permettre se défendre face à ce genre d’énergumènes. Mais la potion va faire un peu trop d’effet… Toujours beaucoup d’humour dans ce nouveau tome avec Pierre Veys au scénario et Nicolas Barral au dessin. Il stigmatise les petits travers de nos amis anglais et écossais, les uns craignant une canicule avec 10 degrés, les autres refusant les étrangers (même et surtout les Anglais !) grâce à une langue totalement incompréhensible. Les dessins sont de qualité même s’ils manquent parfois d’aboutissement notamment dans l’expression des émotions des personnages (la transformation physique de Philip est un peu trop « facile »). On passe néanmoins une bonne heure en compagnie de nos deux compères et on attend la suite de leur aventures… avant 2017 !

Maléfices, le dernier volet de la Trilogie du Mal

Maléfices de Maxime ChattamUn roman de Maxime Chattam
Date de publication : 15 mars 2005
Nombre de pages : 639
ISBN : 978-2266143752

Synopsis :

À Portland, Oregon, plus aucun habitant de la ville ne se couche sans avoir inspecté au préalable son lit : depuis quelques semaines, un tueur en série s’immisce dans le domicile de ses futures victimes et y introduit des espèces d’araignées parmi les plus dangereuses au monde. Dans le même temps, des cadavres de femmes momifiés et emprisonnés dans des toiles d’araignée géantes sont découvertes dans les forêts alentour. Les victimes sont vidées de leurs organes, comme aspirées. Les rumeurs les plus folles se propagent. Annabel O’Donnell, la détective new yorkaise, et Joshua Brolin, le célèbre profiler, rejoignent l’enquête aux côtés du FBI. Quel est ce monstre que l’on surnomme Arachné et dont les empreintes digitales sont celles des personnes disparues ? Comment fait-il pour s’introduire chez ses victimes sans jamais être vu, sans effraction, et pour enlever ses victimes à la barbe des familles endormies ? Très vite, la rumeur enfle dans tout Portland : et si Arachné n’était pas humain ?

Notre avis sur le roman :

Dernier volet de la Trilogie du Mal de l’un des maîtres du thriller français, Maléfices est, plutôt qu’une apothéose, une légère déception. Même s’il faut remarquer que l’écriture de Maxime Chattam se veut plus mûre, plus aboutie, l’alternance des récits entre les différentes actions hache véritablement l’intrigue, d’autant que les chapitres sont parfois assez longs. Le scénario peine à affirmer un suspense salutaire contre l’ennui. Parfois, sur cinquante pages, l’adrénaline monte durant quelques paragraphes pour retomber platement et devenir description d’actions monotones voire inutiles. Pire, la prévisibilité de certaines scènes plonge littéralement le lecteur dans un déjà-vu ennuyeux. Le sujet est pourtant original, bien que déconseillé aux arachnophobes, et bien documenté. L’erreur de Chattam réside peut-être dans sa volonté de faire taire toute possibilité de surnaturel immédiatement après l’avoir évoquée. Il coupe court à l’imaginaire de son lecteur, le ramenant dans une réalité scientifique, voire terre-à-terre. Les différentes étapes de l’enquête ne s’enchaînent pas à la perfection et le final, bien que surprenant, ne laisse pas bouche bée comme d’autres thrillers de cet auteur. Je reste donc un peu sur ma faim avec cette Trilogie du Mal pourtant assez plaisante, avec un héros complexe à saisir, et surtout des personnages secondaires finalement assez intéressants. Il manque pour moi le petit éclair de génie dont je suis sûr, Maxime Chattam pourrait être capable.

Des bleus au cœur, de Louisa Reid

Des bleus au cœurUn roman de Louisa Reid
Date de publication : 10 mai 2012
Nombre de pages : 327
ISBN : 978-2259217866

Synopsis :

Rebecca et Hephzibah sont sœurs jumelles. Elles viennent d’entrer au lycée, c’est la première fois qu’elles ont le droit de sortir. Ce qu’elles partagent : un secret terrible, des parents violents et l’envie de s’enfuir. Une seule d’elles réussira, mais jusqu’au bout elles resteront unies : le reflet l’une de l’autre dans le miroir, l’une dans la lumière, l’autre dans l’ombre.

Notre avis sur le roman :

Le roman commence par le lapidaire « Aujourd’hui ils m’ont obligée à aller à l’enterrement de ma sœur ». On entre directement au cœur de ce conte terrifiant, où la première partie alterne le récit d’Hepzibah avant sa mort et celui de Rebecca après la mort de sa sœur. Le lecteur est littéralement plongé dans l’horreur de l’éducation des jumelles, privées des joies de l’enfance, de l’expérience de la vie à l’extérieur du presbytère, de l’amour qu’un enfant est en droit attendre de ses parents et de ses proches en général. Au contraire, leur vie est rythmée par les corvées, les prières et la morale imposées, la violence d’un père alcoolique et la présence effacée d’une mère dépressive et soumise, qui déteste ses deux filles. Hephzibah et Rebecca tenteront de sortir de cet engrenage avant qu’il ne les broie. Malgré la peur, elles essaieront de braver l’interdit pour trouver dans leur quotidien de secrets, de violences et d’atrocités, quelques lueurs de joie, d’espoir.
Le sujet de l’enfance maltraitée est toujours difficile à aborder, tout d’abord parce qu’il révolte mais également parce que rien ne peut jamais le justifier. Même la raison décrite avec beaucoup de justesse dans ce roman ne peut suffire à expliquer les coups, à dissiper l’horreur, à justifier la haine. Les deux jeunes filles, bien que jumelles, sont à l’opposé l’une de l’autre : physique tout d’abord, mais également du point de vue de leur caractère. Ce qui les rassemble, c’est leur amour l’une pour l’autre (même si Hephzi sait s’en servir pour se protéger des coups) mais également leur vie de calvaire au presbytère familial. Comme souvent, les gens diront On ne savait pas, mais ils ne voulaient surtout rien savoir et ne pas être mêlé à tout ça.
Ce livre est d’une incroyable force, écrit avec beaucoup de justesse, sans empathie ni sensiblerie, et fait passer son lecteur par de nombreux sentiments : indignation, horreur, envie de protéger ces enfants innocents, de faire mal à ces adultes pour qui la haine et la violence sont les réponses à leur vie ratée et leurs enfants les exutoires. « Depuis qu’Hephzi n’était plus là, Il était plus morose que jamais. Et amer. Cette colère brutale et corrosive se déversait droit sur moi, celle qui avait survécu. Celle qui aurait mérité de mourir. » Poignant et révoltant !