Cinéma

L’ombre du mal, un serial-killer dans l’ombre de Poe

L'ombre du mal - afficheUn film de James McTeigue
Date de sortie : 20 juin 2012
Avec John Cusack, Luke Evans, Alice Eve
Durée : 1h51

Synopsis :

Edgar Allan Poe n’aurait jamais imaginé qu’un de ses « admirateurs » serait assez fou pour recréer les horribles crimes nés de ses délires littéraires ; assez pervers pour l’obliger à devenir son biographe et à narrer par le menu ses sanglants exploits, mis en scène avec une précision diabolique ; assez cruel pour lui enlever la femme de sa vie et l’ensevelir en lui laissant tout juste quelques heures pour la sauver… Pour un écrivain, rien n’est plus troublant que de voir ses fictions prises au pied de la lettre, et ses personnages de fiction s’incarner dans le monde réel. Mais pour l’auteur des « Histoires extraordinaires », l’enjeu est de retrouver au plus vite son « double » démoniaque pour éviter de sombrer lui-même dans une folie sans retour…

Notre avis sur le film :

Un film intéressant certes, mais d’une intensité inégale. Lorsque le détective Fields découvre que le meurtre horrible d’une mère et à sa fille ressemble point pour point à une histoire du journal local, il fait appel à l’écrivain, le déjà célèbre Edgar Allan Poe. Ce dernier est d’abord suspecté puis innocenté lorsqu’un second meurtre tout aussi sordide survient. Le détective demande donc à Poe de l’aider dans ses recherches pour démasquer le serial killer qui s’inspire de ses histoires. Au moment où la promise de l’écrivain est enlevée, Poe comprend alors qu’il n’a d’autre choix que de mettre à profit ses talents pour la sauver. On découvre un John Cusack campant un Edgar Poe tourmenté, parfois violent et très porté sur la bouteille. Malgré tout, on n’arrive pas à le sentir complètement investi dans ce rôle qu’il surjoue parfois tant les tirades – en partie extraites des écrits de Poe – paraissent lues et non vécues. En somme, il se dégage une sorte de distance même dans certains moments critiques. Néanmoins, le film reste un bon thriller, prenant et intriguant. Côté réalisation, là encore, après un démarrage poussif, l’intensité ne monte pas crescendo jusqu’au dénouement mais plutôt sous forme linéaire d’étapes – meurtres, indices… – et on se demande bien quand Poe va finir par démasquer le tueur. Cette construction ajoute donc quelques longueurs inutiles et n’explique pas pour autant des revirements d’attitudes de la part de certains protagonistes, limitant ainsi leur crédibilité. Quelques scènes enfin, sont à déconseiller aux plus jeunes tant la violence des meurtres est montrée sans fard, fidèle à l’écriture de Poe. Divertissant tout de même !

Dans les forêts de Sibérie, seul face à la nature…

Dans les forêts de SibérieUn film de Safy Nebbou
Date de sortie : 15 juin 2016
Avec Raphaël Personnaz, Evgueni Sidikhine
Durée : 1h45

Synopsis :

Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal. Une nuit, perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit caché dans la forêt sibérienne depuis des années. Entre ces deux hommes que tout oppose, l’amitié va naître aussi soudaine qu’essentielle.

Notre avis sur le film :

Librement adaptée du livre de Sylvain Tesson, le film de Safy Nebbou réussit le tour de force de faire entrer la Nature comme personnage à part entière : c’est elle qui fournit les principales péripéties, les rebondissements, c’est elle encore qui impose le rythme et dicte les émotions des hommes. C’est elle enfin qui a le dernier mot. Les vastes étendues gelées du lac Baïkal s’offrent à nos yeux émerveillés par tant de beautés et je savais, instinctivement, que ce film ne pourrait me décevoir. On retrouve un peu de Nicolas Vannier dans l’exaltation et le besoin de solitude qu’a Teddy en choisissant de s’isoler dans ce coin reculé, coupé du monde et du confort d’aujourd’hui (électricité, eau courante, chauffage…). Les conditions sont rudes mais il réussit à faire une véritable introspection sans se plaindre de son choix radical. Malgré l’esthétique des plans, on sent que le danger voire la mort rodent dans cet environnement hostile. Une erreur, un oubli, une distraction, et tout peut basculer. La Providence mettra Aleksei sur la route de Teddy et fera naître entre eux un lien indéfectible d’amitié et de respect. Une belle histoire, porté par un Raphaël Personnaz qui manque parfois un peu de conviction mais surtout par une Nature étincelante, des paysages de glace en perpétuel mouvement, en constant grondement. Au-delà de l’histoire, ce film est un véritable voyage aux confins de la Russie, là où la solitude et le froid se confrontent à l’accueil chaleureux du peuple russe. Et ce voyage vaut vraiment le coup !

Radin! Quand on aime, on ne compte pas, sauf…

Radin!Un film de Fred Cavayé
Date de sortie : 28 septembre 2016
Avec Dany Boon, Laurence Arné, Noémie Schmidt
Durée : 1h30

Synopsis :

François Gautier est radin ! Économiser le met en joie, payer lui provoque des suées. Sa vie est réglée dans l’unique but de ne jamais rien dépenser. Une vie qui va basculer en une seule journée : il tombe amoureux et découvre qu’il a une fille dont il ignorait l’existence. Obligé de mentir afin de cacher son terrible défaut, ce sera pour François le début des problèmes. Car mentir peut parfois coûter cher. Très cher…

Notre avis sur le film :

Nouvelle comédie avec un Dany Boon radin à l’extrême, où chaque centime compte, où son confident est son banquier, où tout est prétexte à économiser. Les situations comiques s’enchaînent et malgré tout, laissent un sentiment étrange tant on commence à voir le malaise sous-jacent de François Gautier, violoniste de son état, et sa coupure du monde et des autres nécessitée par cette volonté de ne rien dépenser. Alors, lorsque la nouvelle violoncelliste lui fait de douces avances et que sa fille de 17 ans dont il ne soupçonnait pas l’existence fait irruption dans sa vie, François redoute que ce ne soit là de véritables motifs de dépenses superflues. Il commence malgré lui à s’attacher à l’une et à l’autre mais n’arrive pas à combattre ses démons, quitte à laisser dire un mensonge énorme qui le fait voir comme quelqu’un d’économe mais très généreux avec les pauvres, à l’inverse de ce qu’il est vraiment. Dany Boon paraît un peu engoncé dans son rôle, surjouant parfois, à l’inverse de Laurence Arné et Noémie Schmidt qui parviennent vraiment à tirer cette comédie (parfois dramatique) vers le haut. La résolution est originale car finalement François Gautier devra essayer de donner quelque chose qui ne se compte pas et que tout le monde lui réclame, de l’attention et de l’amour. Une gentille comédie, parfois un peu poussive, mais armée de bons sentiments et d’un rythme sans temps mort. A voir !

Souvenirs de Marnie, ma vie n’est pas celle que j’avais imaginée

Souvenirs de MarnieUn film de Hiromasa Yonebayashi
Date de sortie : 2015
Avec Kasumi Arimura, Sara Takatsuki, Nanako Matsushima
Durée : 1h44

Synopsis :

Anna, jeune fille solitaire, vit en ville avec ses parents adoptifs. Un été, elle est envoyée dans un petit village au nord d’Hokkaïdo. Dans une vieille demeure inhabitée, au cœur des marais, elle va se lier d’amitié avec l’étrange Marnie…

Notre avis sur le film :

Anna est une jeune fille renfermée sur elle-même et ses parents adoptifs ressentent son mal-être, sa difficulté à se faire des amis, son besoin de rester à l’écart. En outre, la vie citadine qu’elle doit mener n’est pas compatible avec son asthme ; elle va donc être envoyée à la campagne, au nord d’Hokkaïdo, chez un couple simple et charmant, toujours de bonne humeur. Là-bas, elle va faire la connaissance de Marnie, qui semble habiter la maison au bout du marais… Je dis semble car on n’arrive pas à savoir si Marnie existe réellement : par moments, elle est si réelle de par les aventures qu’elle vit avec Anna et à d’autres, sa maison se révèle abandonnée, sans vie, sans histoires. Anna pourrait-elle l’avoir inventée ? Le scénario est très subtile et l’on échafaude des plans pour tenter de comprendre qui est réellement Marnie, cette belle et énigmatique jeune fille blonde. On en profite néanmoins pour constater combien son amitié fait du bien à la farouche Anna : pour la première fois, une personne compte vraiment pour elle et la retrouver remplit son cœur de bonheur. Et surtout, on suit l’histoire d’Anna qui nous est dépeinte dans un décor somptueux, où chaque détail a sa place et ne touche jamais au superflu, d’une tomate cueillie dans le potager à un mystérieux journal auquel il manque des pages… Les couleurs et la qualité de l’animation donnent à ce film cette teinte si particulière, entre nostalgie, amitié et quête de sens, où tout s’imbrique merveilleusement bien jusqu’au dénouement, il faut le dire, inattendu, mais tellement plein de réalisme. Tout en introspection, ce film provoque en nous des réminiscences de notre enfance, ces moments que l’on aurait aimé vivre et ceux que l’on a vécus et qu’on a trouvé trop courts. Marnie est une ode à la vie, aux souvenirs et à la présence d’une réalité quotidienne dans laquelle il faut évoluer sans crainte. Savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va. L’animation japonaise nous gratifie une fois encore d’un film magnifique, poussant à la réflexion, peut-être davantage destiné aux ados et aux adultes qu’aux enfants, mais toujours doté d’une justesse et d’une beauté étonnantes.

Love’s unending legacy, l’amour plus fort que la loi

Love's unending legacyUn téléfilm de Mark Griffiths
Date de sortie : 2007
Avec Erin Cottrell, Victor Browne, Holliston Coleman
Durée : 1h26

Synopsis :

Après avoir perdu son mari, alors shérif de la ville, Missie LaHaye se rapproche de sa famille et trouve avec son fils Mattie le réconfort d’une jolie petite maison proche de celle de ses parents et un poste d’institutrice. Un jour, sur la route de l’école, elle s’arrête à l’église où des enfants de l’orphelinat voisin sont adoptés par des familles pouvant leur apporter un toit, un repas et une éducation. Mais plutôt qu’un enfant à choyer, M. et Mme Pettises sont venus pour trouver un travailleur qu’ils n’auraient pas besoin de payer. Il reste alors deux enfants : Belinda, 14 ans et Jacob, 9 ans. Belinda ne voulant pas se laisser faire, les Pettises prennent Jacob avec eux. Belinda est alors adoptée in extremis par l’institutrice, cette dernière ne sachant pas que Belinda est en réalité la sœur de Jacob.

Notre avis sur le film :

Film de la Hallmark Channel basé sur le livre de Janette Oke, Love’s unending legacy dépeint l’Amérique rurale où le travail et l’éducation sont des valeurs convoitées mais pas à la portée de tous. Pour l’éducation, c’est le cas de ces orphelins rassemblés dans cette église, dans laquelle s’arrête – juste pour voir – la jeune veuve Missie LaHaye, l’institutrice du village. Lorsque vient le tour de Belinda et de Jacob et dès lors qu’il ne reste qu’une famille adoptante, chacun sait qu’un enfant devra retourner à l’orphelinat, à moins que Missie ne le prenne sous son aile. Ce sera le cas de la rebelle Belinda, juste désireuse d’avoir temporairement un toit avant de pouvoir retrouver son père à New York. Et, on l’apprendra plus tard, de veiller sur Jacob, son propre frère. Ce dernier, « adopté » par les Pettises qui sont à la recherche d’un travailleur de ferme économique, va être brimé, frappé et affamé jusqu’à ce que la situation arrive aux oreilles de Missie et du ténébreux shérif, Zach Tyler. Mais la loi est du côté des Pettises, leur emprise empêchant le jeune garçon de raconter la vérité… Les paysages, la musique et le jeu des acteurs en font un téléfilm sans surprise mais agréable à regarder. On devine aisément le scénario mais il est intéressant de voir le parti pris de l’enseignement des valeurs – chrétiennes – qui est ici prépondérant, mais également du bien-être et de la stabilité qu’elles entraînent dans la société. Bien sûr, le tableau peut paraître un peu idyllique, mais même si cela n’empêche pas la bêtise, la méchanceté voire la cruauté, ce bien-être et cet amour entre les gens permettent d’apaiser les tourments et d’avancer dans la vie, quand bien même celle-ci se serait montrée dure envers vous. Bref, une touche d’espoir juste avant les fêtes de Noël, on n’en a jamais assez, comme des sourires et des bons sentiments qui nous permettent de nous évader, une heure et demie durant, dans les beaux paysages vallonnés de l’Amérique rurale.

Les animaux fantastiques, le monde merveilleux de J.K. Rowling

Les animaux fantastiquesUn film de David Yates
Date de sortie : 16 novembre 2016
Avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler
Durée : 2h13

Synopsis :

New York, 1926. Le monde des sorciers est en grand danger. Une force mystérieuse sème le chaos dans les rues de la ville. Ignorant tout du conflit qui couve, Norbert Dragonneau débarque à New York au terme d’un périple à travers le monde : il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques dont certaines sont dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir – en apparence – banale. Mais quand Jacob Kowalski, Non-Maj’ (ou Moldu) qui ne se doute de rien, libère accidentellement quelques créatures dans les rues de la ville, la catastrophe est imminente.

Notre avis sur le film :

Le pari était osé mais qui mieux que J.K. Rowling pouvait nous replonger dans l’univers magique du célèbre Harry Potter ? Pourtant, l’action se déroule bien avant la naissance de ce dernier, aux États-Unis, où les Moldus sont appelés Non-Maj’ et où une guerre couve entre les deux mondes. Peu au fait de cela, Norbert Dragonneau, de retour d’un voyage à travers le monde, débarque à New York la valise remplie d’un fabuleux bestiaire d’animaux fantastiques, parfois attachants, parfois espiègles, souvent dangereux, mais toujours d’une incroyable originalité. La 3D est très réussie et renforce l’impression magique, notamment quand Norbert montre à Jacob, Non-Maj’ accidentellement rencontré par un fortuit échange de valises, les différentes créatures qu’il a pu ramener de ses voyages. Eddy Redmayne – oscarisé pour son rôle dans Une Merveilleuse Histoire Du Temps – campe donc un Norbert Dragonneau très attachant, timide et souvent dans la lune. Il donne la réplique à un Dan Fogler décontenancé mais prêt pour l’aventure, drôle et charmeur, passionné par l’histoire dans laquelle il a été emmené malgré lui. Les fans des aventures de Harry Potter trouveront de nombreux clins d’œil à des personnages, à des symboles, à des mystères… parfois inutiles mais qui permettent d’intégrer ce premier film (d’une série de cinq – pour l’instant) comme un véritable préquel à celui de la saga au succès planétaire. J.K. Rowling a même laissé entendre que les deux sagas pourraient se rejoindre. En tout cas, nous attendons avec impatience 2018 pour la suite de ce premier opus très réussi, nous envoyant dans un monde magique crédible, d’une imagination débridée, avec un scénario peu prévisible (à quelques exceptions près) et donc rempli de rebondissements étonnants. À découvrir !

Stranger Things, back to 80’s

Stranger thingsUne série créée par Matt Duffer, Ross Duffer
Date de diffusion : 2016
Avec Noah Schnapp, Dacre Montgomery, Sadie Sink
Durée : 8 épisodes de 45 minutes

Synopsis :

A Hawkins, en 1983 dans l’Indiana. Lorsque Will Byers disparaît de son domicile, ses amis se lancent dans une recherche semée d’embûches pour le retrouver. Dans leur quête de réponses, les garçons rencontrent une étrange jeune fille en fuite. Les garçons se lient d’amitié avec la demoiselle tatouée du chiffre « 11 » sur son poignet et au crâne rasé et découvrent petit à petit les détails sur son inquiétante situation. Elle est peut-être la clé de tous les mystères qui se cachent dans cette petite ville en apparence tranquille…

Notre avis sur la série :

Stranger Things s’impose d’emblée comme une série originale recréant à la perfection l’atmosphère des années 1980. Il y a un peu de tout dans cette série : des Goonies, du Shining, du E.T., voire même du Super 8 et du The Thing. La B.O. s’associe à un scénario très bien construit, véritable film découpé en 8 épisodes quasiment d’égale intensité, qui mélange habilement les genres : aventure, drame, thriller, romance, horreur… C’est enfin une série qui sait où elle va et qui répond aux questions qu’elle pose, si surnaturelles qu’elles soient. On adhère immédiatement aux personnages : un groupe de garçons sur leur vélo, un peu froussards mais toujours à la recherche d’aventures, les premiers émois d’une ado qui ne sait pas trop où la mèneront ses choix, une mère surprotectrice qui passe rapidement pour la folle de service, les parents soit-disant modèles mais totalement étrangers à la vie de leurs enfants, le chef de la police taciturne et marqué par une indicible douleur… et surtout, Eleven, la jeune fille au crâne rasé qui crève littéralement l’écran par sa prestation d’une intensité magistrale, telle le fut il y a bien des années déjà, une certaine Natalie Portman. Stranger Things ne laisse jamais le spectateur sur sa fin, va véritablement au fond des choses et met en scène les événements sans jamais atténuer le suspense. Les effets spéciaux sont savamment dosés et parfaitement réalisés dans une ambiance toujours sombre et inquiétante. On replonge donc avec tendresse et nostalgie dans cette série qui saura nous faire rire et frissonner de peur l’instant d’après. Espérons qu’une saison 2 aussi réussie viendra nous enchanter en 2017.

Une vie entre deux océans, sublime émulsion d’instants précieux et de grands malheurs

Une vie entre deux océansUn film de Derek Cianfrance
Date de sortie : 5 octobre 2016
Avec Michael Fassbender, Alicia Vikander, Rachel Weisz
Durée : 2h13

Synopsis :

Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

Notre avis sur le film :

Dès les premières minutes du film, on est plongé dans l’ambiance d’après-guerre, où les rescapés pansent les affres de cette période tourmentée de laquelle ils sont sortis vivants. Tom Sherbourne, tourmenté et peu loquace, va accepter un poste de gardien de phare sur l’île isolée de Janus. La photographie d’Adam Arkapaw et la musique d’Alexandre Desplat communiquent avec brio les émotions contradictoires de ce lieu : sa beauté d’une part, souveraine et indomptable, et la peur intrinsèque liée à l’isolement et la perte des repères. Justement les seuls repères temporels qu’il reste à Tom sont les bateaux qui passent et qu’il faut consigner dans un carnet de bord et l’alternance du jour et de la nuit. Lors d’une visite sur le continent, sa façon d’être et de vivre séduit la jeune Isabel qui décide de l’épouser et de l’accompagner dans sa vie de reclus. Ensemble, leur volonté de combattre la solitude passera par le désir d’enfant mais les échecs répétés plongeront la jeune femme dans une tristesse incommensurable. Jusqu’au jour où s’échoue une barque avec, à son bord, un homme déjà mort, mais également un bébé bien vivant. C’est un tournant qui s’impose désormais au couple qui devra faire des choix et vivre avec.
C’est une histoire remarquable, magnifiquement interprétée avec beaucoup de justesse et d’émotions par Michael Fassbender et Alicia Vikander. On croit vraiment à leur couple, à leur histoire d’amour, au lien fort qui les unit. On a envie qu’ils soient heureux même si l’on comprend que leurs choix les amèneront à un bonheur éphémère. Une vie entre deux océans expose une myriade de sentiments – parfois contradictoires – mais toujours traités sans hâte et là encore, avec beaucoup de justesse. Même si la tristesse et les malheurs qui les accablent donnent le ton du film, ils n’en font que mieux ressortir les instants de bonheur intenses, moments de joie partagée, souvent d’une simplicité déconcertante. L’intensité des sentiments est donc au rendez-vous et permet de ne pas s’ennuyer une minute avec ce couple qui se retrouve dans une situation que l’on devine vite perdue d’avance. Mais l’intérêt n’est pas là mais plutôt dans la poursuite de son propre bonheur, sans malheureusement pouvoir faire abstraction ni des autres, ni de valeurs trop ancrées dans l’âme et qui conduisent parfois à un désastre. À découvrir en VOST !

Zootopie, vivre en harmonie est-il vraiment possible ?

Zootopie, afficheUn film de Byron Howard, Rich Moore
Date de sortie : 17 février 2016
Avec les voix de Marie-Eugénie Maréchal, Alexis Victor, Pascal Elbé
Durée : 1h48

Synopsis :

Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia !
Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque …

Notre avis sur le film :

Quelle idée saugrenue ! Une ville où tous les animaux peuvent y habiter sans complexe ni peurs, oubliant le rapport prédateur / proie imposé par la Nature. Et pourtant, la magie de Disney opère et livre une ville riche toute en couleurs, avec des animaux certes humanisés mais toujours conscients de leur conditions, notamment de leur taille. Judy, une petite lapine pleine de volonté et de talent, va chercher à bousculer l’ordre établi en entrant dans une institution jusqu’alors réservée aux grands gabarits : la police. Le scénario principal va donc tourner autour d’une enquête policière réfléchie, pleine de surprises et de rebondissements. Mais l’intérêt du film n’est pas seulement là : il dépeint un monde très actuel, abordant des thèmes forts tels que l’amitié ou le dépassement de soi, où les personnages devront gérer mafia, enlèvements, disparitions, nudisme… des sujets généralement destinés à un public plus âgé que celui que vise Zootopie. Mais la force de Disney dans ce film est d’adresser tous les publics, selon leur niveau de lecture, des plus petits enfants aux adultes. En cela, Zootopie est un film intelligent : il démonte un à un les préjugés, montre que rien n’est impossible si l’on s’en donne les moyens, critique certains faits sociétaux par l’humour (les fonctionnaires sont tous des paresseux), démontre qu’il faut croire en ses rêves. La 3D offre une belle profondeur exacerbant encore les beautés et les détails de la ville, mais également les scènes de poursuite. Tout est parfait dans ce film, du début à la fin, de l’émerveillement visuel à la profondeur de caractère des personnages, de l’actualité des thèmes traités à la qualité de l’intrigue policière, d’un scénario sans temps mort à la leçon de vie qu’il nous donne. Remarquable !

Ben Hur, Premier à finir, dernier à mourir

Ben Hur, affiche film 2016Un film de Timur Bekmambetov
Date de sortie : 7 septembre 2016
Avec Jack Huston, Morgan Freeman, Toby Kebbell
Durée :2h04

Synopsis :

Ben-Hur retrace l’histoire épique de Judah Ben-Hur, un prince accusé à tort de trahison par Messala, son frère adoptif, officier de l’armée romaine. Déchu de son titre, séparé de sa famille et de la femme qu’il aime, Judah est réduit à l’esclavage. Après des années en mer, Judah revient sur sa terre natale dans le but de se venger. Il va y rencontrer son destin.

Notre avis sur le film :

Par ce remake, on s’attendait à une nouvelle adaptation de ce chef-d’œuvre aux 11 Oscars, avec plus d’effets spéciaux et une légère touche de modernité. Mais pour être honnête, même si les effets sont au rendez-vous (sur les galères, pendant la course de chars…), on ne retrouve pas l’âme du film original. Tout semble précipité, le réalisateur ne prend pas le temps de mettre en place l’histoire et ses péripéties (sauf peut-être au début), elles arrivent, point. Certains pans de l’histoire sont totalement oubliés quand ils ne sont pas purement et simplement modifiés (la fin… surprenante) pour satisfaire on ne sait quel public. Ben Hur est un film dur sur l’injustice, sur le courage, mais aussi sur le pardon. On arrive quand même à retrouver cet aspect dans cette nouvelle version de Bekmambetov, mais à force de dialogues parfois répétitifs et souvent dénués d’intensité. Judah Ben Hur paraît beaucoup trop superficiel, en conflit avec sa religion et avec l’attitude des autres à l’égard de l’envahisseur romain. Mais peut-être est-ce par conciliation pour son frère Messala. La douleur et la détresse qu’il doit surpasser par son amour pour sa famille et par sa foi ne transparaît pas. En résumé, il s’agit d’un véritable divertissement à l’américaine, très actuel dans sa mise en scène, mais décevant pour ceux qui avaient été conquis par le charisme et le jeu magistral de Charlton Heston, il y a déjà près de 60 ans.