Archive mensuelles: janvier 2015

Facebook, de la révolution attendue à l’inutilité sociale…

Facebook est inutileCréé en 2004 par Mark Zuckerberg, Facebook part d’une idée géniale, celle de mettre en relation la Terre entière via un site gratuit, ouvert à tous et permettant de partager et de communiquer sur sa vie, ses passions, ses expériences. Il aspire à devenir un véritable lien entre les gens, tous alignés sur un même rang – celui d' »amis » – et annihiler distance spatiale et temporelle. Ainsi, vous pouvez sans problème retrouver un camarade de classe perdu de vue depuis 20 ans et parti s’établir à Sydney.

Pourtant, plus de dix ans plus tard et malgré les centaines de millions d’utilisateurs, force est de constater que la révolution sociale n’a pas eu lieu. En tout cas, pas avec Facebook. Même si le réseau social a su insuffler une dynamique d’échange et de partage sur le web, il est aujourd’hui principalement tourné vers trois utilisations majeures : le partage d’un quotidien trop souvent monotone voire sans intérêt si vous connaissez peu la personne (photos de bébés, de plats exquis ou de soirées arrosées), l’auto-promotion (recherche d’emploi, mise en avant d’un site web, vente d’occasion) et, malheureusement, la mise en relation de personnes dans des objectifs peu louables. Et au-delà de ses utilisations majeures, on retrouve en sus publicités et publications non sollicitées et intempestives telles que l’atteinte par Untel du niveau 120 de Candy Crush.

Bref, Facebook semble avoir perdu sa raison d’être et nombre d’autres réseaux sociaux ont su affirmer leur différence de ce généraliste aujourd’hui devenu une énorme machine à fric prête à monnayer la moindre information de ses utilisateurs, se tenant toujours plus loin de leurs préoccupations : le désintérêt marquerait-il un tournant ? Peut-être, car aujourd’hui, on constate un engouement certain pour les réseaux sociaux dits « thématiques », un retour aux sources où l’on ne parle que de ce qui vous intéresse : les voyages, la cuisine, l’art… Twitter quant à lui a su s’imposer comme nouveau généraliste de l’actualité et comme celle-ci est par essence sans cesse nouvelle et digne d’intérêt, Twitter s’est imposé sur un créneau véritablement porteur et durable.

Facebook est également devenu un frein à l’expression et au partage à cause de sa simplicité de classement en « amis » : ainsi, vous ne posterez pas la photo de vos dernières vacances en maillot de bain car vous avez été obligé(e) d’accepter votre patron comme « ami » pour ne pas le froisser. Donc finalement, retour au bon vieux mail pour envoyer les photos à toute la famille. De même, on n’expose pas son point de vue sur Facebook car parler politique – ou encore pire, religion -, c’est l’assurance d’une déferlante sans commune mesure de propos déplacés, à l’encontre de la sacro-sainte liberté d’expression. Donc on ne parle de rien, on garde ses opinions pour soi.

La gestion de la confidentialité – faisant des émules partout dans le monde – et l’ajout dissimulé de nouveaux types de publicités ne rendent pas service à Facebook. Alors qu’il s’agit d’expliquer que le gratuit se paie par la pub ! La transparence est parfois la clé mais surtout, même si Facebook a encore de beaux jours devant lui, il est nécessaire qu’il retrouve cette dynamique d’innovation qui lui rendra son intérêt et surtout, sa légitimité.

Une minute sur Facebook

Une minute sur Facebook

Wild, pour renaître au bout du chemin…

WildUn film de Jean-Marc Vallée
Date de sortie : 14 janvier 2015
Avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann, Laura Dern
Durée : 1h56

Synopsis :

Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force.

Notre avis sur le film :

Quel choix difficile que celui de Cheryl, à l’heure d’une vie qu’elle déteste, hantée par la disparition de sa mère, prenant conscience un peu tard de ses erreurs mais ne pouvant s’empêcher de les recommencer ! Seule, elle part chercher ses limites pour les repousser. Celles de son corps tout d’abord, par la traversée éprouvante de l’Ouest des Etats-Unis à travers déserts et montagnes. Mais aussi celles de son esprit où, par des flash-back récurrents, on découvre son histoire… Reese Witherspoon incarne avec justesse cette femme égarée dans les méandres de la vie, à la fois forte et à la merci de tous les dangers et de toutes les tentations. Pour elle, l’heure est au bilan, à l’introspection, à la prise de conscience de soi. Elle se lance un défi physique, sans préparation, les dents serrées. Le réalisateur s’attarde sur les meurtrissures d’un corps blessé, par les chaussures, le sac à dos, les intempéries, les envies d’arrêter. L’engagement de son héroïne est total et malgré quelques notes d’humour et certaines rencontres improbables, elle reste concentrée sur son cheminement vers la délivrance. Alors que sa vie était une errance sans fin, elle a désormais un but précis. Au-delà de l’histoire assez prenante, la beauté des paysages de l’Ouest américain nous émerveille : ses paysages enneigés, sa faune et sa flore, ses dangers. Un véritable retour à la nature, au wild originel !

La famille Bélier, une drôle et touchante turlurette

La famille BélierUn film de Eric Lartigau
Date de sortie : 17 décembre 2014
Avec Louane Emera, Karin Viard, François Damiens
Durée : 1h45

Synopsis :

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

Notre avis sur le film :

Louane nous emporte, Louane nous émeut, Louane nous conquiert. Sur la musique des grands succès de Michel Sardou – intemporels comme le clame le professeur de chant interprété par Eric Elmosnino -, le nouveau film d’Eric Lartigau nous dépeint la vie de Paula, seule entendante dans une famille de sourds. Elle assume plus que son rôle de fille et de sœur mais le fait avec bon cœur, animée d’une gentillesse et d’un amour immense pour sa famille, les Bélier. Elle la soutient toujours, même lorsque ce n’est pas facile. Pourtant, lorsqu’on son professeur lui révèle son don pour le chant, elle prend conscience que sa vie peut changer, qu’elle va devoir faire un choix difficile, celui de penser à elle avant sa famille. Les acteurs sont incroyables de drôlerie et incarnent à la perfection une famille d’agriculteurs unie, pleine de gaieté et d’entraide. Cette comédie aurait pu tourner au mélo mais il n’en est rien : avec beaucoup de pudeur et de tact, Eric Lartigau évite la caricature et par des choix audacieux en termes de mise en scène, donne un souffle incroyable à ce film que l’on verra et reverra toujours avec plaisir. Un grand moment de bonheur et d’émotion !

Juste avant le bonheur, d’Agnès Ledig

Juste avant le bonheurUn roman d’Agnès Ledig
Date de publication : Octobre 2014 aux Éditions Pocket
Nombre de pages : 327
ISBN : 978-2266250627

Synopsis :

Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui sourire. Ému par leur situation, un homme les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. Tant de générosité après des années de galère : Julie reste méfiante, elle n’a pas l’habitude. Mais pour Lulu, pour voir la mer et faire des châteaux de sable, elle pourrait bien saisir cette main qui se tend…

Notre avis sur le roman :

« Le temps passe et panse.
La vie grouille et débrouille.
Les braises incandescentes se consument doucement sous le tas épais de cendres froides et grises. Et puis, un jour, il y a un petit souffle, quelques brindilles, et le feu repart ».
Cela faisait longtemps qu’un livre ne m’avait pas autant ému. Agnès Ledig a cette capacité incroyable de plonger son lecteur, dès la première page, dans une histoire à la fois simple et passionnante. Julie, mère célibataire de 20 ans, partage sa vie entre un boulot qu’elle déteste, des soucis financiers inévitables, et un train-train quotidien où ses seules joies sont les moments passés avec son petit Lulu, trois ans, ou sa meilleure amie à qui elle peut tout raconter. Pourtant, un jour, un homme différent de ceux qu’elle a connus jusque là va se présenter à sa caisse : de fil en aiguille, il va l’inviter elle et son fils en vacances en Bretagne, pour passer, il l’espère, des vacances inoubliables. Mais de petits bonheurs en larges sourires, les malheurs de la vie se rappelleront bien vite à elle, bien trop vite.
L’écriture d’Agnès Ledig est simple, son deuxième roman est vraiment facile à lire : on accroche immédiatement aux personnages qui nous rappellent forcément quelqu’un que l’on a croisé, à un moment ou un autre de notre existence. Tout d’abord, il y a cette envie de faire plaisir, cette volonté d’être présent et d’offrir de petits bonheurs simples. Il y a aussi cette difficulté à ouvrir son cœur à l’inconnu, cette propension à faire confiance que l’on a tous perdu dans notre enfance, confrontés à la réalité de la vie. Il y a enfin cet espoir que demain sera un jour meilleur, moins douloureux, ou de nouveaux petits bonheurs pourront émerger.  Juste avant le bonheur, c’est un peu tout ça à la fois, c’est le livre que l’on est triste de de voir refermer sans l’avoir terminé, c’est l’envie d’y croire jusqu’au bout : « Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle. » Agnès Ledig nous offre une formidable tranche de vie, celle d’une jeune maman pas gâtée par la vie, mais riche d’une rencontre improbable qui l’a changée à jamais. Un livre véritablement bouleversant !

Je suis Charlie, au nom de ma liberté

Charlie Hebdo, dessin de CharbLes récents attentats parisiens ont plongé la France dans l’effroi. Comme pour le 11 septembre, le monde se veut solidaire pour combattre le terrorisme d’une main de fer. Depuis de nombreuses années, l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo était la cible de violences verbales et physiques, comme en témoigne par exemple l’incendie de leurs locaux en novembre 2011 suite à la publication de caricatures du prophète Mahomet. Pourtant, à l’époque, les hommes et femmes bien pensants de notre pays, relayés par les médias, avaient jugé que Charlie Hebdo allait peut-être un peu loin, jetant de l’huile sur le feu, débattant parfois de la juste liberté d’expression de la presse.
Pourtant, malgré cette incompréhension, Charlie Hebdo a continué ce qu’on peut aujourd’hui qualifier de combat pour dénoncer – « avec férocité mais sans méchanceté » comme le journal aime à se décrire – les petits travers, les aberrations et les gros mensonges de notre société. Nicolas Sarkozy, François Hollande et les autres ont été maintes fois moqué par les caricaturistes Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré ou encore Charb, le directeur de la publication. Charlie Hebdo n’avait que faire de la bienséance et chacun de ses articles, chacun de ses dessins avaient pour but de faire réagir : dénoncer par l’humour, souvent acerbe, mais très souvent véridique.
La déferlante qui a envahi les rues et les réseaux sociaux montre que tout un chacun sait se mobiliser lorsqu’un événement grave survient. Au-delà d’une solidarité sans faille d’un pays aux abois, uni comme jamais derrière le désormais célèbre « je suis Charlie », c’est surtout le témoignage d’une reconnaissance à la presse et à la liberté d’expression. Et même si l’on entend quelques notes dissonantes qui inévitablement devaient survenir, il faut garder à l’esprit cette formidable unité derrière la presse et la police de notre pays. En témoignent les rassemblements spontanés partout dans le monde, l’affichage du soutien au journal sur les réseaux sociaux, les fonds trouvés pour sortir 1 million d’exemplaires du prochain Charlie Hebdo… Parler fait du bien, cela extériorise la peine et la colère qui nous ont envahies ce jeudi 7 janvier quand, vers midi, on a appris la mort de journalistes et dessinateurs hors pair. Le fanatisme a eu leur vie, il n’aura pas les valeurs qu’ils nous transmettaient depuis toutes ces années. Non, Charlie n’est pas mort !

Je suis Charlie

Un havre de paix, jusqu’au bout de la passion

Un havre de paixUn film de Lasse Hallström
Date de sortie : 4 décembre 2013
Avec Julianne Hough, Josh Duhamel, Cobie Smulders
Durée : 1h55

Synopsis :

Une mystérieuse femme emménage dans la petite ville côtière de Southport. Sa rencontre avec le séduisant Alex, un homme brisé, marque le début d’une idylle romantique mais le sombre passé de la jeune femme a tôt fait de les rattraper.

Notre avis sur le film :

Tiré d’un roman de Nicholas Sparks, ce film déroule l’histoire d’une jeune femme fugitive venue s’installer au calme, dans la petite ville de Southport. Elle y rencontre des gens avenants et bienveillants et surtout Alex, dont elle va rapidement tomber amoureuse. Le scénario réserve bien des rebondissements, et on se laisse porter par cette histoire enivrante de bons sentiments et de beaux paysages. On retrouve tous les ingrédients qui font le succès des livres de Sparks et, même si on ne peut le comparer à The NotebookUn havre de paix mélange habilement romance et thriller, amour et deuil, complexité des sentiments et partage des bonheurs simples. On pourra reprocher à ce film son manque d’originalité, mais n’est-ce pas là ce qui fait le succès de ces romances où la mélancolie est chassée par un environnement qui donne envie de vivre, de saisir la seconde chance qui nous donnée ? Katie l’a bien compris et elle va s’y accrocher de toutes ses forces, même si certains pans de son passé font parfois vaciller cette volonté de changer. A noter également la présence de Cobie Smulders (Robin dans la série How I met your Mother?) dans un rôle pour le moins… inattendu !